Le Tchad a une fois de plus rendez-vous avec l’histoire à l’occasion du prochain Dialogue national inclusif et souverain qui démarre le 20 août 2022. Une rencontre qui est organisée après les attentes déçues de la Conférence nationale souveraine de 1993.

Pour l’ensemble des participants à cette vaste réflexion collective qui devra enfin poser les fondations d’un contrat social nouveau, il ne devra plus s’agir de vider les mots de leur substance comme lors des grandes assises nationales précédentes. Le peuple tchadien attend de ses représentants, qui les tiendront en haleine durant plusieurs semaines, un dialogue véritable, réellement inclusif et souverain.

Un dialogue pour tous
En effet, les chantiers sont colossaux et les espoirs sont immenses. Pour se hisser à la hauteur des enjeux qui l’interpellent, il est vital pour la classe politique de se défaire des réflexes du passé, des calculs et des appétits de pouvoir qui sont plus que jamais caducs et hors de propos au regard des défis historiques qui interpellent tous les citoyens tchadiens.

C’est dire que ce dialogue ne pourra être couronné de succès que s’il est mené comme une œuvre symphonique dans laquelle chaque Tchadien pourra trouver son compte.

Singularité historique
La singularité historique des prochaines assises tient au fait qu’il ne s’agit pas seulement d’élaborer une nouvelle loi fondamentale ou de toiletter l’arsenal juridique du pays et son corpus législatif, comme l’ont fait, en leur temps, les conférences nationales que nombre de pays africains ont connues durant le « printemps des libertés » des années 1990.

Un dialogue inclusif et souverain entre Tchadiens doit se donner également une priorité éthique et philosophique; celle-ci devra poser les fondements d’une nouvelle société tchadienne avec, à la clé, l’organisation d’élections générales crédibles et transparentes. On ne peut pas mettre du vin nouveau dans de vieilles outres, ainsi que l’enseigne, à juste titre, une sagesse biblique que l’histoire a rarement démentie.

Nouveau départ obligatoire
Un dialogue national qui se réduirait à empiler de nouveaux textes de loi ou des réformes institutionnelles, comme cela fut fait par le passé, ne répondrait pas à la nécessité d’un nouveau projet de civilisation dont le Tchad a grand besoin.

Des années de guerres fratricides, de patrimonialisation de la fortune publique et de l’appareil d’Etat, l’agonie rampante du système éducatif, la déliquescence du système de santé et l’effondrement quasi généralisé des valeurs ne peuvent être surmontés par les seules voies du juridisme dont les pouvoirs africains sont si souvent coutumiers lorsqu’ils font face à l’urgence de refonder la société et l’Etat.

Prendre en compte les aspirations des Tchadiens
L’enjeu majeur de la refondation du Tchad, dans les mois et les années à venir, sera de faire advenir une culture citoyenne et républicaine nouvelle qui rendra possible le grand bond citoyen de la culture de la médiocrité vers la culture de l’excellence.

Cette mutation historique et philosophique, vitale pour la refondation du Tchad, commence par le respect du droit sacré pour le peuple souverain de choisir librement ses représentants. C’est un truisme de dire que, depuis son accession à l’indépendance, le 11 août 1960, le peuple tchadien attend toujours le moment du grand basculement historique où il pourra se reconnaître dans ses représentants parce qu’il les aura librement choisis

Qu’il s’agisse du choix de son leader central, précisément le chef de l’Etat, ou la désignation de ses représentants aux postes électifs locaux, l’électeur citoyen est victime d’un viol constant de sa citoyenneté. Ce travestissement récurrent de la démocratie représentative a été rendu possible par le primat de la force des armes sur la démocratie.

Faire vivre la République
Dès lors que ce hiatus a été érigé en mode de conquête et de gestion du pouvoir d’Etat, il s’est ensuivi au Tchad, depuis six décennies, l’absence de reddition des comptes dans la gestion des affaires de l’Etat, le respect à géométrie variable de la norme républicaine et l’impunité des « intouchables » en raison d’une immunité accordée à un clan, à une coterie politique ou à une fraternité mafieuse.

Comment demander, dès lors, à ceux-là qui ne font carrière en politique qu’en foulant aux pieds les lois de la République, de faire vivre l’esprit républicain ?

Le premier critère qui confirmera le caractère inclusif et souverain du prochain dialogue ne sera ni sa représentativité ni ses conclusions, mais le respect de la volonté du peuple souverain à l’occasion des prochaines élections générales.

LAISSEZ UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît saisissez votre commentaire
S'il vous plaît saisissez votre nom ici